NoSgoth

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Le Royaume de Nosgoth.
L'Ancien : "Je suis le noyau vital, l'essence même de Nosgoth.".
Moébius : "T'es-tu vraiment cru capable de changer "mon" histoire ?".
Raziel : "Ma destinée t'amuse, c'est ça ?".
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Janos Audron : "Ils ne savent pas ce qu'ils font. Ils sont ignorants, et si faciles à manipuler.".
Ariel : "À jamais je suis emprisonnée ici, tout espoir serait vain...".
Vorador : "Regardons maintenant de l'autre côté du miroir.".
Hylden : "Quelle naïveté de penser que l'on peut s'opposer à sa destinée !".
Raziel : "Je veux voir le monde dans son enfance, avant la croisade des séraphéens.".
Kain : "Nous n'effaçons pas l'histoire, nous la réécrivons !".
<Janos : "Au cours des siècles, j'ai pu observer notre histoire devenir un mythe, pour finalement sombrer dans l'oubli.".
Moébius : "Juge donc l'auteur de tes sermons avant de les réciter.".
Vorador : "Quel piètre sauveur tu fais !".
L'Ancien : "Je suis, ici et ailleurs, maintenant et toujours.".
Ariel : "Je suis pure, mais éthérée. Kain, lui, est diablement réel mais vicié.".
Raziel : "Je ne voulais plus qu'une chose : débusquer Kain et l'annihiler.".
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Moébiu : "Bienvenue âme perdue dans les âges. Rencontre ta Destinée.".
Raziel : "Ange ou démon, lui seul détenait la clé de mon destin.".
Kain : "Si Moébius t'avait dit que je me cachais au fin fond des enfers, m'y aurais-tu suivi, au péril de ton âme ?".

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 Psaumes d'une farouche hétaïre

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Satyne
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MessageSujet: Psaumes d'une farouche hétaïre   Ven 3 Oct - 14:34

Psaumes d'une farouche hétaïre
I

Glycera


Mes baisers sont légers comme ces éphémères
Qui caressent le soir les grands lacs transparents,
Et ceux de ton amant creuseront leurs ornières
Comme des chariots ou des socs déchirants.

(Charles Baudelaire)

"Glycera, ma blanche Glycera, mon astre...

A l'heure où s'écrivent ces pitoyables mots, ton corps tendre repose en paix, à l'ombre sereine d'un mausolée. Ta mort m'est un soulagement en ce que tu n'apprendras jamais en quel être démentiel je me suis transformée. Tout allait merveilleusement bien. Notre gloire était immense, notre dessein s'accomplissait. Nous régnions sur Athènes, armées de notre beauté et de notre insolence. Notre vie était paisible, nous ne songions jamais au lendemain, jamais aucun souci ne venait ourler nos fronts. Je veillais sur toi et tu me donnais cette quiétude qui me fit si souvent défaut. Vautrées dans les couches parfumées des plus grands hommes de notre monde, écoutant leurs supplications et leurs prières d'une oreille moqueuse...
Mais ce bonheur inaltéré devait être nécessairement troublé. Ce soir là, tu t'étais absentée, probablement gémissais-tu dans les bras de Ménandre, cet amant que nous nous partagions avec tant d'amusement... J'étais seule et j'avais congédié nos esclaves, désirant profiter, sur la terrasse, du spectacle exquis qu'offre la nuit sur Athènes. L'air était délicieusement frais. C'est alors que je vis cette silhouette sombre, qui s'était hissé par dessus la balustrade et qui venait vers moi de sa démarche souple. Il était ombrageux, mais d'une beauté sans pareille. Plongée dans la lassitude, je m'abandonnais à lui, sur le marbre, sous la lune d'opaline. Je ne me souciais guère de la froidure de sa peau, la mienne était si brûlante. Puis il y eu cette vive douleur, dans le creux de mon cou : il m'y mordait. Je me sentais comme vide, et lui résistai à peine. Alors que la mort pesait déjà lourdement sur mes paupières, il s'entailla le poignet et fit couler quelques perles de nectar pourpre entre mes lèvres frémissantes. Je perdis connaissance.
Je m'éveillai dans une propriété à l'autre bout de la Cité, il était à mes côtés. Il m'expliqua ce qu'il était -et que j'étais désormais aussi-. Il me conta l'insatiable besoin de sang, les pulsions irrésistibles, me promettant de m'aider à les maîtriser. Il me retint à ses côtés pendant d'interminables jours, durant lesquels je ne cessais de m'inquiéter pour toi. Il m'apprit à survivre : la lumière de l'astre solaire devint pour moi symbole de mort. Affaiblie, malheureuse, j'apprenais à mener une vie qui s'avérait infernale. Mon pygmalion était particulièrement possessif, et ne m'offrait que peu de liberté, je me sentais comme captive, brisée, loin de toi, et de jour en jour, les ténèbres s'engouffraient en moi et me métamorphosaient.
Puis, vint un jour où il disparu, je ne saurais dire comment. Il parti et ne revint jamais, tout simplement. Après de longues heures à l'attendre en vain, priant pour qu'il ne revienne pas, je me décidai à fuir. C'était une nuit agréablement lumineuse, le ciel n'étant voilé d'aucun nuage. Je suis rentrée à la maison. Nos esclaves, en larmes, me contèrent que tu étais morte, quelques jours auparavant, d'un incurable mal. Je m'effondrai. J'avais tout perdu : mon goût de la vie s'était envolé avec toi. Et j'avais l'éternité pour en souffrir...
Mais, par bonheur, tu ne sauras pas, mon étoile, le monstre que ta bien-aimée est devenue, et cela suffit à réchauffer la glace épaisse dont est désormais fait mon cœur mort.
Je peux désormais m'abandonner toute entière à l'ombre qui m'appelle...

Ta Thaïs,"

(Athènes, 340 années avant J.C.)



(Illustration de Luis Royo)


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Satyne
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MessageSujet: Re: Psaumes d'une farouche hétaïre   Sam 4 Oct - 11:03

Psaumes d'une farouche hétaïre
II

Alexandre



Nous aurons des lits pleins d'odeurs légères,
Des divans profonds comme des tombeaux,
Et d'étranges fleurs sur des étagères,
Ecloses pour nous sous des cieux plus beaux.

(Charles Baudelaire)


"Ma lumineuse Glycera, lanterne de ma vie,

Ma fureur enflamma Persepolis, flambeau crépitant, témoin du malheur qui oppressait -et oppresse encore- mon cœur meurtri par ta perte. De ma main délicate j'ai tendu à cet amant si puissant, la torche incandescente, rougeoyant dans l'obscurité nocturne. Et l'incendie fut. Cela faisait un certain temps que je fréquentais la couche d'Alexandre. Il était follement épris de moi, sais-tu, depuis qu'il avait mis la main sur Athènes, nous ne nous étions plus quittés : il m'emmena avec lui, au gré des conquêtes qu'il entreprenait. J'en avais besoin, de cette exquise évasion, de cette fuite lointaine, de ces orgies dans des lieux exotiques, où les corps se mêlaient à l'infini, dans des alcôves fleurant de multiples senteurs. J'avais besoin des hurlements de la guerre, du sang sur les armes, de ce sentiment immense de puissance, de ces morts qui s'accumulaient comme autant de plaies sur la chair du monde.
Les Cités tombaient, les unes après les autres, le monde barbare s'effondrait aux pieds de celui qui croyait me posséder. Et je me donnais à lui, j'assassinais les questions avant qu'elles ne se posent. A ses côtés, je me sentais presque en sécurité. Il ne savait rien du démon que je suis. A ses yeux, ma crainte du jour, ma fascination pour le feu -qui m'effraie, plus que jamais- , n'étaient que de charmants caprices, nécessaires à l'édification du mystère qui était mien. Ce côté mystique séduit, tu le sais mieux que quiconque, Glycera. Je me saoulais de voyages et de guerre, aux côtés de celui dont l'ambition n'avait guère de limites, et pour qui, j'ai peut-être, éprouvé un peu d'amour. Nous sommes allés si loin... Dans des terres qui dépassent tout ce que mon imagination avait pu concevoir...
Etais-je heureuse ? Je ne saurais le dire. J'étais enivrée à ses côtés, obsédée par le pouvoir, totalement focalisée sur la réussite totale. Probablement l'était-il, lui aussi. Peut-être m'aimait-il parce que j'avais une folie comparable à la sienne... Peut-être était-ce simplement parce que j'étais Thaïs, cette fameuse courtisane, cette créature à la beauté immortelle, cette poupée impassible au minois irrésistible. Je ne saurais dire. Bien entendu, je n'étais pas la seule femme à fréquenter sa couche, mais jamais il ne me renia, jamais il ne me repoussa, comme il le fit avec d'autres. Ma démence ne le lassait pas. Qu'importe à vrai dire.
Car Alexandre est mort aujourd'hui. Il avait tout juste trente ans. Il ne saura pas que moi, je ne peux vieillir... Je sais que je suis désormais condamnée à vous voir tous mourir, sans jamais vous rejoindre. Survivre est essentiel pour moi, c'est obsessionnel, c'est inscrit dans chaque parcelle de mon être monstrueux.
Nous enchaînions les banquets, les jours précédents sa mort. Je crois qu'il savait qu'il allait mourir : les signes funestes se succédaient. Personne n'en parlait. Nous constations tous, ces singulières manifestations, inhabituelles. Puis il y eu cette fièvre dévorante, à Babylone, qui s'empara de lui et qui lui arracha la vie. Son œuvre titanesque reste inachevée. Je me retrouve, seule, à nouveau. C'est sûrement pourquoi j'écris à une morte, qui ne lira jamais cette lettre. Cela me console, un peu.
Finalement, peut-être que j'ai aimé cet homme, à moins que ce ne soit son pouvoir.

Ta Thaïs"

(Babylone, 323 années avant J.C.)


(Illustration de Luis Royo)


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MessageSujet: Re: Psaumes d'une farouche hétaïre   Lun 6 Oct - 16:14

Psaumes d'une farouche hétaïre
III
Ptolémée



Déesse dans l'air répandue,
Flamme dans notre souterrain !
Exauce une âme morfondue,
Qui te consacre un chant d'airain.

(Charles Baudelaire)

"Ma blanche, blanche Glycera...

Aux yeux de tous, la mort s'est abattue, vive et cruelle, sur le front serein de la belle Thaïs. Je suis morte. Il le fallait, je devais faire croire à ma perte pour préserver mon secret d'éternité et le prix immense que je paie pour en disposer. Après la disparition d'Alexandre, je fus l'amante de son successeur, Ptolémée premier, roi d'Égypte. Il me prit pour épouse. Je ne pouvais refuser une telle offre, moi qui ne suis qu'une hétaïre. La plus grande de toutes, malgré tout. Je fus donc liée à lui par cette terrible chaîne, devenant sa première épouse. Me suis-je abandonnée à lui ? Pas autant que je l'avais fait avec Alexandre... Aucun homme ne saurait l'égaler, dans mon cœur désormais. Les autres m'apparaissent tellement faibles face à moi, face à ce charme magnétique qu'Aphrodite m'a offert.
Mon pharaon d'époux était un homme discret, délicat avec moi. Je n'avais pour lui qu'un léger mépris, mais j'ai su lui faire croire à la plus vive, la plus enflammée des passions féminines. Mes armes sont rodées. J'étais reine, mon étoile, et je ne suis plus rien. Plus rien que cette belle morte, enterrée dans un sinistre caveau. Plus rien que ce courant d'air, qui file loin de l'Égypte et du fleuve de lapis-lazuli. Ce pays me manquera. La chaleur entêtante du soleil, le poids de l'humidité, les papyrus dansant au dessus des eaux troubles, les chants des hommes, tôt le matin. Et le désert, à perte de vue, qui ronge les terres fertiles comme un impassible prédateur.
Oui... Cette vie me manquera. Elle est en moi. Elle est dans tous les soupirs que je pousserai encore, dans les bras de tous les hommes qui me presseront contre eux, avec cette faiblesse si amusante. Elle renferme les deux êtres à qui j'ai appartenu, les deux seuls qui m'ont assez charmée pour que je me livre à eux, les deux morts qui hanteront à jamais ma triste éternité : toi et Alexandre. Vous êtes ancrés en moi, comme des idoles, sculptées dans quelque matériel précieux, que nul ne saura égaler.
Ceux qui suivront ne seront que des spectres dans lesquels je vous chercherai en vain. Ce qui suivra, ne sera plus qu'un écrit raté. La suite d'une histoire qui aurait du se terminer maintenant. Mais le récit va se poursuivre, ailleurs, avec d'autres mots, plus fades, mélancolique, empreint d'une inévitable et douloureuse nostalgie. Je regrette. Je regrette de ne pas m'être rendue chez Ménandre avec toi, ce soir là. De ne pas avoir été auprès de toi lors de tes derniers instants. De ne pas m'être donné la mort lorsque la fièvre a emporté Alexandre. D'avoir épousé cet homme, moi qui avait juré de ne jamais me donner toute entière si l'envie n'y était pas. Je me suis trahie. C'est difficile que de devenir sa propre ennemie, son plus terrible adversaire. Il est terrible d'éprouver sa propre faiblesse.
Que vais-je devenir ? Vais-je rester la monstrueuse catin que je suis ? Je l'ignore... Je fuis vers le Nord. Je file vers des terres inconnues, où j'essaierai en vain d'oublier ma vie précédente, où j'adopterai un autre nom, une autre histoire. Peut-être vais-je essayer de trouver des gens comme moi. Des buveurs de sang. Des marginaux involontaires.
Tu comprendras que si je parle peu de Ptolémée, mon époux, c'est que ce sujet m'est déplaisant. Je sais que tu es assaillie de questions, mais je préfère taire ces dernières années. Sache que je fus une talentueuse comédienne, une manipulatrice d'exception, mais que l'ennui me torturait.
Une tendre pensée pour toi, ma lumière défunte,

Ta Thaïs, perdue."


(Alexandrie, 280 années avant J.C.)

(Illustration de Luis royo)


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MessageSujet: Re: Psaumes d'une farouche hétaïre   Ven 10 Oct - 20:23

Psaumes d'une farouche hétaïre
IV

Oleris


"C'est le Diable qui tient les fils qui nous remuent !
Aux objets répugnants nous trouvons des appas ;
Chaque jour vers l'Enfer nous descendons d'un pas,
Sans horreur, à travers des ténèbres qui puent."

(Charles Baudelaire)

"Ma si blanche,

Chaque nuit je plonge un peu plus profond dans l'insondable abîme de l'horreur. Même en vivant au coeur de terres aussi ivoirines que les reflets argentés de ta chevelure je sombre. Je m'enlise dans cette fange sanguinaire qui est l'apanage de tout être dénaturé. Après avoir quitté les terres cuisantes du royaume des égyptiens, j'ai laissé mes pas -et les navires dans lesquels je montais, naturellement- me mener jusqu'à un territoire bien plus glacé.
Le relief y était fort ardu : d'éminents monts coiffés de lis, endimanchés de vert. Cela ne fut pas sans me rappeler les hauteurs grecques : j'ai toujours aimé ce type de paysages. Durant le laborieux voyage que j'entrepris pour parvenir dans ces lieux, je marchais la nuit, me rassasiant des malheureux qui croisaient ma route, abandonnant leurs dépouilles sans une once pitié et avec un vif dégoût ; le jour, je dormais, emmurée dans quelque grange. Je ne savais alors pas où je me rendais, j'avançais dans la plus parfaite incertitude, suivant les injonctions brumeuses de mon intuition. Je traversai les territoires latins, évitant avec habileté les cités. Je ne croisais personne que je ne tuais pas, une terrible soif de violence s'était insinuée peu à peu en moi et je cherchais en vain ce qui pourrait m'apaiser.
Puis, une nuit, les sommets se sont dressés face à moi, m'invitant à les gravir. La population se fit plus rare, la végétation désertait les rochers arides et le sol n'était plus bon qu'à servir de pâturage. Par une sorgue, je tombai sur une petite bâtisse de bois. La porte était restée ouverte et la demeure paraissait vide. Assaillie par une curiosité digne de celle de Pandore -mais, rassure toi, la mienne n'eut pas un prix semblable- j'entrai. Le mobilier était rustique, les réserves vides, le foyer condamné : empli de cendres sempiternelles. A peine eu-je le temps d'observer la pièce unique, baignée dans la pénombre, qu'un homme entrait. A cet instant précis, j'éprouvai une singulière sensation : cet homme, ma lumière, cet homme était des miens. Cela expliquait bien des choses. Probablement sut-il lui aussi que j'étais une stryge, une semblable : il souriait. Nous parlâmes peu. Il me proposa de rester avec lui, puisque je ne savais pas où j'allais. Je taisais mon histoire, voulant la conserver en moi, comme un trésor qu'on refuse de partager.
Oleris -car c'est ainsi qu'il se nommait- faisait partie des Médulles, une peuplade celte qui régnait sur les cols alpins, résidant auprès d'un grand lac. Nous ne discutâmes jamais de la manière dont nous étions devenus des monstres. Il me confia simplement qu'il s'était éloigné de son peuple, pour rejoindre ces terres désertes, afin de ne point commettre de meurtres. Pourquoi suis-je restée avec ce barbare, qui n'avait ni fortune, ni pouvoir ? J'étais désorientée, égarée, désaxée. Il était comme moi : les dieux l'avait abandonné. Je n'aspirais qu'à l'oubli, boire l'eau du Léthé en de plantureuses gorgées. Oleris était un homme bon, malgré sa nature altérée. Nous vivions en nous désaltérant à la faune des montagnes. Nous chassions toutes les nuits : le sang des bêtes est si faible, il en fallait en grande quantité. Je n'étais plus qu'un fauve, totalement soumise à mes pulsions, esclave des passions naturelles, et il devint comme moi. Les années passaient, et nous y étions indifférents, elles glissaient sur nous sans nous atteindre. Le temps... Le temps n'avait aucune emprise sur nous.
Je ne sais quel dieu veille encore sur ma misérable existence, mais cela ne peut être que par sa volonté que la raison revint à moi, brutale et cruelle, m'anéantissant en me mettant face à ce que j'étais devenue. Thaïs la sublime s'était métamorphosée en une bête féroce. Il était temps pour elle, il était temps pour moi, de redevenir ce que j'avais toujours été. Je n'avais guère le choix. Cette nuit là, la bâtisse s'est enflammée, somptueux brasier crépitant dans les ténèbres. Les stryges n'aiment pas le feu. Oleris est mort. J'ai tué le monstre, j'ai tué la bête. J'ai repris le contrôle de moi-même. A nouveau, les routes incertaines s'ouvrent à moi avec pour simple promesse une errance renouvelée.

Je suis affranchie. Affranchie de ma soif de vermeil, mais plus lugubre que jamais.

Ta Thaïs."

(Quelque part dans les Alpes, 190 années avant J.C.)

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MessageSujet: Re: Psaumes d'une farouche hétaïre   Dim 14 Juin - 22:02




Ses mains fringantes survolaient l'amas de lettres, précieusement paqueté. Ses doigts se hâtaient sur la surface défraîchie des hétéroclites supports épistolaires : papyrus passés, vélins dégradés et parfois même quelques feuilles de papier aux lointaines origines.

"Glycera..."


Elle éloigna d'elle cette masse de souvenirs écrits, ce concentré de passions refoulées, ce maudit gisement de frustration et de regrets ; d'un morose mouvement de la main. Elle renversa la tête en arrière, s'enfonçant plus profondément dans la majestueuse bergère où elle siégeait. Pour une fois, curieusement, ses pensées étaient tourmentées par une nouvelle silhouette. Fiévreuse. "Je vous écrirai.", avait-il dit. Mais qu'avaient-ils à se dire ? Que pouvaient-ils se conter sans pécher ? Sans céder à l'irréfrénable tentation ? La courtisane était diablement torturée par cette histoire tragique. Or, si douloureuse soit-elle, cette situation l'extirpait de la profonde lassitude dans laquelle elle sombrait de jour en jour... Elle ravivait les battements agonisants de son cœur mort.

"Que dois-je faire ?"


Son souffle brûlant, sa chevelure laiteuse, sa peau douce, chair tendre, la fraîcheur de sa salive... Blanche, spectre sublime, illusion mémorielle. Apaisante. Ses mains glissaient, heurtaient les siennes. Elles les saisissaient puis les baisaient longuement. Morte. Depuis plus de mille ans.
Elle inspira grandement cet air inutile puis le recracha sans tarder, en un soupir amer. Elle était seule.

"Tu n'as jamais hésité pourtant, entre l'ennuyeuse sérénité d'une vie aimante et paisible et la cruelle incertitude d'une existence égoïste et chaotique."


C'était vrai. Pourquoi se remettre en question alors que tout lui avait réussi jusqu'ici ? A quoi bon s'encombrer de tendresse ? Impassible. Elle esquissa un sourire malsain, se redressant subitement dans son fauteuil.

Elle ordonna, à voix haute : "Maria, apporte moi de quoi écrire."
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